04/08/2015

Sorties Août 2015

 

Lundi-Jeudi 17/08-20/08/2015 : Paris-Brest-Paris 2015
Par Alain Darville

 

 

 

Pourquoi faire Paris-Brest-Paris ?

C’est une bonne question. Après avoir fait l’édition de 2007, j’avais dit plus jamais. J’avais trop souffert dans le mauvais temps tout en l’ayant fait malade, avec une pharyngite. Ma figure avait doublé de volume à l’arrivée, et je ne voulais plus revivre ça.

Mais ici, Pierre-Yves et Patrice du club voulaient le faire, et je me suis dit : « Aller, on y va encore une fois !! ». Comme disait Patrice, je dois le refaire pour en garder enfin un bon souvenir. Mais pour ça il faut se préparer correctement, c-a-d faire en plus de sorties plus ou moins normales, faire 13x200, 3x300, 3x400 et 2x600. Si le physique tient, c’est une préparation optimale, pas pour faire un temps canon, mais pour le faire à l’aise. Parce qu’ici, nous nous sommes inscrits sur le 84 heures, principalement pour éviter les embouteillages des contrôles/ravitos qui se produisent pour ceux qui partent en 90 heures. Parce qu’en plus nous allons le faire en autonomie, sans accompagnement. En trainant avec nous un supplément bagage de +-6 kilos : Pneu, chambres à air, batteries pour les lampes pour tenir 1230 km, tenue de rechange, savon, brassières, jambières, coupe-vent léger, imper pour la pluie, veste de sécurité, crème solaire, dentifrice, brosse à dent, matériel d’entretien et de réparation, sparadraps, couverture de survie et surtout barres énergétiques.

Mais mon principal problème pour une longue distance, c’est la gestion du stress que je n’arrive pas à gérer. Comme mon stress est proportionnel à la distance à faire, je n’arrive plus à dormir correctement quelques nuits avant le départ, et j’arrive déjà fatigué avant celui-ci. Sur un 400 voir un 600, c’est tenable, mais sur un 1200, cela devient un peu de la folie. Patrice avait espérer résoudre le problème en réservant une chambre d’hôtel à Brest et à Fougère (au retour), pour essayer de dormir quelques heures, parce que mon expérience des dortoirs communs tient plus du cauchemar que du sommeil réparateur.

 

Le samedi et la photo officielle.

 

Le samedi, c’est le jour des inscriptions pour les 80 et 90 heures, mais c’est aussi le jour de la photo officiel des belges. Le lieu de départ a changé, c’est au nouveau vélodrome de Saint-Quentin en Yvelines. C’est beau, mais c’est grand, il faut marcher beaucoup pour se déplacer sur le site. Il y a du monde, effectivement, plus de 6000 inscrits cela fait beaucoup de cyclos à gérer. En plus ce sera plus un PBP anglophone que francophone, avec les 2/3 d’étrangers partants.

A 18 heures, tous les belges se réunissent sous le drapeau d’Yves pour faire la grande photo du groupe. Nous recevons même de Randonneurs.be (Guy et Jan), de petites lampes de secours au cas où notre éclairage nous lâcherait en pleine nuit.

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Le dimanche et l’inscription.

Ceux qui partent en 84 heures doivent présenter leur vélo le dimanche pour faire le contrôle technique, lampes et freins. Nous allons aussi chercher notre carnet de passage à faire tamponner ainsi que notre puce à mettre à la cheville.

A partir de 16 heures, ceux en 80 heures, partent. Un départ tous les ¼ heures va se faire jusque passé 20 heures. Mais après avoir vu les trois premières vagues qui passaient devant l’hôtel, c’est bon, il faut que je me repose un peu, parce que la nuit va être courte, il faut être là ¾ heures avant le départ qui va se faire à 5h15 du matin.

 

 
Le lundi, le départ.

 

Les trois groupes des X, Y et Z partent en 84 heures. Patrice part dans les X à 5 heures, Pierre-Yves et moi, dans les Y à 5h15. Il y a assez bien de belges inscrits en 84 heures, ici ce sont déjà tous des costauds.

Il fait toujours nuit quand la longue attente prend fin et qu’on peut enfin partir. Il y a des motos et une voiture ouvreuse devant les cyclistes, mais il faut respecter les feux rouges car contrairement à ceux du dimanche il n’y a plus de policiers pour nous laisser passer.

Le départ est un peu nerveux, il y a déjà deux chutes sur des bordures. Chacun veut se placer. Comme je n’ai pas envie de luter, je me retrouve vite dans la queue du groupe qui s’étire de plus en plus. Il faut rester attentif pour éviter les collisions et les chutes.

Finalement, je retrouve Pierre-Yves, la nuit tous les cyclos se ressemblent, tout le monde a le même gilet réfléchissant, mais nous sommes parmi les seuls à avoir de grands sacs avec deux grandes poches qui tombent. C’est comme ça que nous allons nous reconnaitre la nuit. Nous roulons à plus ou moins la même allure, il est plus fort en montée, je tire plus grand en descente, donc on peut essayer de le faire ensemble.

 
Vers Brest…

La première étape jusque Mortagne-au-Perche est longue, 140 km, pour y trouver un ravitaillement. La moyenne est élevée, 27 km/h de moyenne, avec un dénivelé, invariable de 800/1000 m pour 100 km. Et pourtant une bonne partie du groupe Y est loin devant, et une bonne partie du groupe Z parti ¼ heure après nous, nous a déjà dépassé.

A Mortagne nous retrouvons Patrice, à la sortie d’une boulangerie. Pierre-Yves et moi, nous allons nous ravitailler au ravito officiel. A chaque ravito, je vais/veux manger. C’est la seule façon d’y arriver : rouler, manger, rouler, manger… Le parcours est tellement dur, qu’il faut sans arrêt alimenter la chaudière. Cela prendra un peu de temps ½-3/4 heures à chaque contrôle, mais je ne le regretterai pas. Bizarrement, ce régime alimentaire nous fera grossir sur le PBP. Pierre-Yves de +- 1,5 kilo, moi de 1 kilo. C'est vrai qu'en mangeant 4/5 repas chauds par jours ce n'est peut-être pas le meilleur régime.

Avec Patrice je discute du sort des hôtels. Si je continue avec Pierre-Yves, je dois laisser tomber ces hôtels, en plus si on continue comme ça, on risque d’arriver trop tôt. La décision est prise. Les hôtels seront zappés, on y va à la dure. Patrice verra s’il a le temps d’y aller.

Pendant qu’on mangeait, Patrice a continué.

Au fil des kilomètres, nous allons rouler, soit à deux, soit nous allons trouver un petit groupe avec qui nous allons rouler pendant de longs kilomètres. Parfois ce seront les mêmes, parfois se seront d’autres. Nous allons aussi rouler avec Jan. Mais comme tout va bien les cotes sont avalées comme si elles étaient plates. Je n’ai jamais été aussi fort. On tient le 27 km/h de moyenne. Je me dis bien qu’on finira pas le payer, mais tous les kilomètres faits ne doivent plus l’être.

Nous rattrapons et dépassons Patrice, en difficulté dans une longue côte.

Les paysages sont très jolis, ça monte, ça descend invariablement. Le soleil est là, mais il ne fait pas trop chaud. Le peu de vent qu’il y a nous pousse, c’est un temps idéal pour faire du vélo. Mais un peu avant d’arriver au 1er contrôle à Villaines-La-Juhel au km 220, quelques gouttes tombent.

Villaines-La-Juhel tient le pompon au niveau de l’ambiance. C’est la fête. Les vélos sont parqués dans une longue rue, et les gens viennent à quelques centimètres des vélos, chauffés par un speaker et un orchestre. Il faut beaucoup marcher pour aller dans le local pour mettre le cachet et aller au resto qui ne se trouvent pas vraiment au même endroit. C’est ici que Pierre-Yves comprend pourquoi j’ai abandonné les claquettes pour des chaussures de VTT. On peut marcher avec elles. Pendant que nous mangeons il pleut.

Patrice arrive un peu avant que nous ne repartions. La route est mouillée, mais il ne tombe plus que quelques gouttes. Nous repartons toujours au même rythme, 27 km/h. Invariablement.

Mais maintenant, il pleut vraiment. Il ne fait pas froid, mais les genoux risquent de souffrir avec cette pluie.

Nous allons rouler avec un petit groupe, dans lequel se trouve une irlandaise, couchée sur son vélo, toute petite et qui arrive à tirer des braquets encore plus grands que moi. Pierre-Yves n’en revient toujours pas. Comme visiblement, elle veut rester devant, je reste dans son derrière, tant qu’à faire…

Nous arrivons enfin à Fougères au km 302. Il est 17h40. On a fait 300 km, en 12h20, avec seulement deux arrêts. Au fou… Fougères tient le pompon dans le ravitaillement. C’est le meilleur, aussi bien en qualité, en quantité, qu’en variété. On en profite pour faire un repas complet, entrée, plat, dessert (même double). Pierre-Yves a encore vu Patrice dans les toilettes, moi c’est fini, je ne le verrai plus, même si…

Nous repartons en passant devant les ruines du château de Fougères via une très longue montée. Il fait beau. Nous repartons dans un groupe, cela va bien rouler. Nous sommes en Bretagne. Les routes depuis le début sont très bonnes, pas de trous, sauf dans certains petits villages, où les routes communales ressemblent aux nôtres. Mais les routes françaises ont cette particularité d’être rugueuses, surtout en Bretagne. Ce qui fait qu’elles accrochent le vélo, et qu’elles le font vibrer. C’est comme si le derrière, les pieds et les mains recevaient en permanence de petits chocs. Après 600 km, le derrière rend grâce. Et c’est là le problème. On a mal au cul, et il reste 600 km à faire…

Nous dépassons un anglais sur son fixie. Il devait pédaler tout le temps. En descente il est monté à 50 km/h, en faisant du 180 tours minutes et son vélo rebondissait tellement il pédalait vite. Au fou…

Nous arrivons à Tinteniac, au km 363 à 20h27, juste à temps pour voir passer le premier et ses 17 poursuivants à dix minutes, qui ont déjà fait 865 km depuis le dimanche 16h.

Nous allons maintenant attaquer notre première nuit sur le vélo. Mais nous allons faire une longue pause à Loudeac pour essayer de dormir. Et oui, essayer… Il est 00h30, on va directement se coucher. On va faire une longue nuit, jusque 5h du matin où Pierre-Yves me fait signe de me lever. Pas dormi, comme prévu, mais je me suis quand même un peu reposé. Nous allons déjeuner avant de repartir.

Il reste 160 km pour arriver à Brest.

Le démarrage est poussif, il faut que la machine se remette en route et ça monte directement. Il fait toujours nuit, maintenant, nous croisons sans cesse ceux qui reviennent déjà. Toujours rien de plat.

Il fait froid, 8°c, et la brume est bien là. Pas facile de rouler avec les lunettes remplies de buée, mais bon, du moment qu’on reste sur la route.

A saint-Nicolas du Pelem, il y a un des deux contrôles secrets. Ça va vite. Le deuxième sera au retour juste après Carhaix et la crêpe/saucisse.

Nous allons au contrôle suivant, à Carhaix, au km 526, il est 09h. Il commence à y avoir du monde, nous rattrapons de plus en plus les 90 heures.  Je retrouve Antonio et Jose-Maria qui finissent leurs repas.

Maintenant nous allons à Brest. Il parait que j'ai dépassé Patrice sans rien lui dire. Comme je ne l'ai pas vu et qu'il n'a rien dit, j'ai continué comme si de rien n'était. Mais nous passons par Huelgoat dans le parc naturel régional d'Armorique. C’est une superbe région, très verte, très boisée, c’est la patrie d’adoption de notre ancien président du club, Pietro. Mais, qu’est-ce que ça monte !!! En plus après Huelgoat, nous allons attaquer les Monts d’Arrée à 380 m d’altitude. Les paysages boisés sont maintenant plutôt remplacés par des tourbières. Nous allons nous farcir une succession de très longues côtes à du 4%. Monter, descendre, tel est le crédo du PBP.

Et moi je m’endors dans un petit groupe. A force de voir le même vélo devant moi, je rêvasse et je dors. C’est bon comme ça, j’y vais. Mais visiblement il manque quelqu’un : Pierre-Yves. Il  n’a pas suivi le mouvement, je ne m’en suis pas rendu compte directement. Comme je suis réveillé, je n’ai plus le besoin de rouler si vite, et je vais rouler à l’économie, en espérant qu’il revienne. Je prends tout mon temps à Brest, sur la rade, pour faire des photos.

Et Brest est là. 618 km, 13h25. Enfin, la moitié est faite… Mais Brest n’est pas du tout plat, et pour arriver au contrôle en partant de la mer, il faut se farcir encore une montée de malade…

Au contrôle, je vois André, qui a toujours l’air en forme et qui roule depuis le début avec un jeune qui ne veut pas le lâcher. Pour le ravito c’est la file. Il faut le temps pour être servi, on perd du temps à rester debout à ne rien faire sauf attendre.

 

Vers Paris…

 

Après une longue pause, je repars avec Pierre-Yves, mais maintenant, la vitesse a fameusement chutée. Bizarrement les côtes ont l’air plus dur qu’à l’aller. Maintenant c’est moi, qui ne suit plus trop bien Pierre-Yves. Je compense dans les descentes.

A 18h25, nous sommes à Carhaix, où il n’y a plus rien à manger, plus de pâtes, plus de riz. J’ai envie d’étrangler la serveuse, mais elle n’y est pour rien. Je vais continuer avec un morceau de poisson, Pierre-Yves va se contenter du fromage de Fred que nous avons déjà vu à Brest.

Nous allons nous arrêter quelques kilomètres plus loin pour, dans un café, manger une crêpe/saucisse. Et oui, nous sommes en Bretagne. La crêpe/saucisse nous a fait du bien, le moteur est reparti. Grand plateau, les côtes sont avalées, les groupes rattrapés et laissés sur place. La nuit ne change rien, on fonce toujours. Pierre-Yves essaye de suivre et doit se demander ce qui se passe.

Nous arrivons à Loudeac à 23h25, km 782. Nous n’allons pas « dormir » là, mais nous allons manger. Pas mal non plus, Loudeac arrive en 2ème position pour le ravito.

Comme dormir à Loudeac n’est pas possible pour moi, nous allons essayer Quedillac. Ce n’est pas un contrôle, mais ils font ravito/couchage. C’est pire. La salle est bondée, éclairée, bruyante, il faut attendre qu’un groupe s’en aille vers 3h pour enfin pouvoir s’allonger. Nuit courte, on se lève à 6h30 pour déjeuner et repartir, cette fois-ci au finish, on ne s’arrêtera plus.

Et dès les premiers coups de pédales, j’ai terriblement mal au genou droit. Tirer les grands plateaux, c’est bien, mais le froid et la pluie ont un peu fragilisé ceux-ci. Cela n’a pas l’air d’être une tendinite. J’y vais doucement, en attendant que Pierre-Yves ait fini de fertiliser un champ. J’essaye de faire chauffer les muscles en douceur, et lentement le mal s’atténue, mais ne va jamais disparaitre. J’aurai le choix entre avoir mal au derrière, ou me mettre en danseuse et avoir mal aux genoux. En plus la plante du pied droit commence à faire mal aussi.

Depuis Brest, nous dépassons de plus en plus d’épaves. Ce sont des cyclistes qui s’endorment. Au lieu de risquer l’accident, ils se couchent par terre le long des routes. En 2007, je ne me souviens pas avoir vu autant de cyclistes endormis si tôt le long des routes. Sans doute à cause du mauvais temps de l’époque. Il y a beaucoup d’asiatiques qui dorment le long des routes. Peut-être ont-ils un schéma de route qui les fait dormir à intervalle régulier ?

On arrive à Tinteniac au contrôle, mais on ne s’attarde pas, on y va directement jusque Fougères, au km 921 que nous atteignons à 10h50. Comme c’est là qu’on mange le mieux, je ne me prive de rien.

En repartant, nous dépassons un cycliste sur un vélo elliptique. C’est un allemand qui fait partie d’un groupe de quatre. Ils font 1230 km debout en poussant sans arrêt sur de grandes pédales. Comme ils sont debout, ils plafonnent à 2m20, je n’imagine même pas la prise au vent. Au fou…

Ensuite, c’est de nouveau Villaines-La-Juhel , km 1009, 15h45, où c’est toujours la fête. Ils ne sont jamais fatigués !!.  De nouveau les vélos sont mis à 50 cm des spectateurs, le speaker hurle plus que jamais, et chaque cyclo est encouragé.

Là aussi, tous les cyclos auront été tout le parcours encouragés par des spectateurs. A chaque traversée de villages ce seront des applaudissements, même la nuit, on entendait des gens applaudir qu’on ne voyait pas. Ils restaient dans le noir et le froid rien que pour nous encourager. Certains allaient plus loin, en nous offrant des ravitos gratuits, juste pour nous aider à réussir. Quand le mercredi après-midi, il commençait à faire chaud, de l’eau était disponible tout le long du parcours.

Mais Pierre-Yves a des ratés. Il semble avoir une tendinite au genou. Il a pris un anti-inflammatoire, mais il a toujours mal dans les montées. Il roule au ralenti. Je l’attends en haut d’une côte où je dois expliquer à une automobiliste pourquoi il y a autant de cyclistes. Elle a dû nous prendre pour de grands malades, elle n’avait sans doute pas tort. Pierre-Yves me dit que je peux y aller seul, qu’il finira comme il pourra ce PBP. C’est bête, mais bon, j’y vais.

A 20h20 après 1090 km, nous sommes de retour à Mortagne au Perche. Pierre-Yves n’arrive pas si longtemps que ça après moi, mais il ne veut toujours pas continuer avec moi. Il demande à se femme, par mail,  s’il ne peut pas prendre un 2ème anti-inflammatoire.

J’y vais après avoir découvert une toilette sans personne et avec du papier. Je vais dégazer et essayer de me vider un peu. Les intestins sont mis à rude épreuve, avec tout ce qu’ils doivent digérer à n’importe quelles heures. Donc je ne sais plus si Pierre-Yves est devant ou pas.

La nuit s’installe tout doucement, et l’ennui aussi. Il reste 150 km à faire, et j’ai l’impression que ça ne finira jamais. Et ça monte, ça monte. En roulant à 20 km/h, j’ai l’impression de foncer dans la nuit.

Je mets mon GPS en route. Les flèches ne sont pas des plus visibles la nuit avec ma lampe frontale qui éclaire au minimum, et je n’ose pas la mettre plus fort pour économiser les piles.

Il pleut un peu, je m’habille pour la pluie, mais il ne pleut pas assez, donc je chauffe. Comme je n’avance plus, j’ai le temps de sentir partout où j’ai mal.

Dreux, enfin, km 1166, il est 00h25. Un dernier sandwich, un dernier éclair au chocolat, et Pierre-Yves est là. Il revit. Il a des médicaments efficaces, ce n’est rien de le dire…

Nous allons repartir ensemble et terminer ce PBP ensemble.

Dreux, où j’avais déjà eu des hallucinations en 2007 est une horreur pour la quitter. Ça monte sans arrête pendant des kilomètres. Le pire c’est que je n’ai aucune idée à quoi ressemble cette ville et ses environs, je n’y suis passé que la nuit.

Mais la dernière ligne droite est pénible. Le sommeil s’installe. Tout d’un coup je sens mon vélo partir sur la gauche, et je rétabli au dernier moment. Je dormais. Pierre-Yves, lui se fait réveiller par un petit orchestre qui se mettait à jouer pour chaque cycliste qui passait. Il dormait en ligne droite… Encore une fois, nous auront eu la chance de ne pas tomber, ce qui ne sera pas le cas de tous les cyclistes qui auront fini leur sieste sur une bordure ou dans un fossé.

Un petit groupe se forme et nous finissons à quelques-uns. Nous passons dans le centre de loisirs de Montigny pour faire les 4 derniers km, à l’abri des voitures. Il est 04h29, c’est fini. Pierre-Yves finit à 04h33. J’ai mis 71h15 pour faire ce PBP, plus de douze heures de mieux qu’en 2007, mais le temps était un peu différent.

 

C’est fini…

Pour la météo, il n’y a rien à dire, c’était le temps idéal pour faire ce PBP. Pas trop chaud le jour, pas trop froid la nuit, pas de vent, s’il y en avait, il était toujours favorable. Il a plu un peu, sauf pour ceux qui ont fini le jeudi, où il a plu vraiment beaucoup. En tout cas, ce PBP m’a un peu réconcilié avec les très longues distances, je m’y suis même amusé. Pour le derrière, des doigts qui picotent encore deux jours après, et un pied qui fait mal, c’est une autre histoire.

Mon vélo a été impeccable, il ne m’a causé aucun soucis, les vitesses passaient comme une horloge. Seuls les sacs le rendaient instable à haute vitesse.

Il faut remercier tous les bénévoles, qui par leurs gentillesses, leurs attentions et leurs aides ont fait réussir bien des cyclos fatigués. Et aussi les gens que nous avons rencontrés le long du parcours qui nous nous ont toujours encouragés.

Merci à Pierre-Yves pour m’avoir supporté presque tous les 1230 km, et merci à Patrice qui m’a fait refaire un Paris-Brest-Paris au risque pour lui de le rater en le faisant en 84 heures eu lieu des 90 heures prévues.

Et merci aussi à tous ceux qui nous ont encouragés par SMS ou par mail, cela faisait toujours plaisir de se savoir suivi de la Belgique.

Pour le dénivelé, avec le changement de lieu de départ, celui-ci a fameusement augmenté par rapport à 2007. De 9800m en 2007, il est passé à +- 10600 m en 2015. Ce qui n’est pas rien. Je me disais aussi, qu’il n’y avait rien de plat…

 

Pas d’hôtel…

Bon j’ai roulé, avec Pierre-Yves, un peu plus vite que prévu, ce qui fait que je n’ai pas d’hôtel de prévu. Je vais donc dormir dans ma voiture, bercé par une grosse pluie qu’auront dû supporter ceux qui n’avaient pas encore fini, dont Patrice. Enfin dormir, même dans le coffre, n’importe où…

 

Et Patrice ?

Patrice arrivera bien plus tard vers 15h15. Complètement vidé, mais il a réussi en 82h15. Pour lui, c’est un exploit, il ne pensait pas y arriver. Mais pour ce faire il n’aura presque pas dormi non plus. Par après l’hôtel se souviendra longtemps de ses ronflements.

André n’aura pas été jusqu’au bout. Sa trace se termine au km 1008, à Villaines-La –Juhel et puis, plus rien….

 

Pour André, ce qui s’est passé :

A Villaines la Juhelle mercredi soir vers 22 h 00 (soit après 75 h depuis mon départ) je n'avais toujours dormi que 2 h et j'étais déjà au-delà de mon délai. J'étais complètement épuisé et j'ai pris la décision ( la meilleure pour ma santé je crois) d'arrêter les frais. J'ai dormi jusque 7 h puis nous avons pu déjeuner avec les restes pain-beurre-confiture. Une navette était prévue pour ramener ceux (celles) qui avaient abandonné; elle était prévue pour 12 personnes et nous étions une vingtaine. J'ai laissé ma place à un gars plus éclopé (cervicales bloquées) et suis parti vers la gare de Sillé-le-Guillaume à 30 k. Après 3 h d'attente j'ai pris le train pour Le Mans puis le TGV vers Paris Montparnasse et enfin le train vers St Quentin en Yvelines où je suis arrivé vers 17 h 00. Etant donné qu'a Villaines le carnet m'avait été retourné je l'ai remis à l'arrivée (la dame croyait que j'avais terminé en vélo mais hors-délai !!) .

Ensuite j'ai rencontré Willy Demeulenaere et Guy Villette avec lesquels j'ai un peu bavardé, ils étaient complètement dans le "cirage" ensuite j'ai vu Patrice, il m'a dit que tu étais là mais je t'ai cherché en vain.

Quant à Jean-Marc Zianne de Basècles avec qui j'ai roulé pas mal de K. il a continué en vélo et est rentré jeudi à 22 h. et il y en avait encore qui n'étaient pas rentré .... mais plus personne pour les accueillir !!

Je suis déçu d'avoir stoppé à 220 K. de l'arrivée mais je considère que c'était une sage décision vu le nombre d'accidents qu'il y a eu.

N.B. Environ 25 k avant Vilaines il y avait un accident mortel .... et à Villaines j'ai appris qu'une dame avait été renversée et grièvement blessée, son vélo était sur le parking avec une pancarte pour le ramener à Saint Quentin dans la navette prévue. Je t'avoue que cela m'a un peu donné la trouille car la fatigue avait considérablement émoussé mes réflexes.

 

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Samedi-Dimanche 01-02/08/2015 : Répétition générale
Par Alain Darville

Jan Geerts organise au départ de Morkhoven un dernier BRM 600 km pour tous ceux qui veulent une dernière fois affuter leur condition en vue de PBP. Tous les autres peuvent venir aussi, ce qui fait que nous sommes une bonne trentaine de partants qui s’élancent groupés à 6h du matin. Je suis là avec Patrice, du club. Patrice est déjà arrivé la veille. Yves est là aussi, il va faire le 600 sans s’arrêter. Il va lui falloir du courage.

Parmi les gloires des BRMistes, nous retrouvons Marcel, Luc, Etienne, Bernard, Franck, etc…

Les 150 premiers kilomètres vont se faire sur du plat. Tout le monde reste dans le groupe. Le 1er contrôle se fait à Gellik, dans un café, un peu pris d’assaut par la horde de cyclistes assoiffés, quoi qu’il ne fasse pas encore si chaud que ça.

Ensuite, nous allons contourner Maastricht, pour ensuite longer la Meuse. Pas facile de suivre la trace, avec des changements de rives, en passant sur des ponts pas faciles à atteindre.

A liège, comme nous longeons toujours le chemin de halage aménagé de façon très étroite et assez sinueuse le long de la Meuse, il faut slalomer entre les piétons et les cyclistes qui sont pour là pour la plupart, pour regarder les travaux d’aménagement de la passerelle Boverie. Pas toujours facile de se suivre en file indienne, en plus il faut entendre des commentaires du style : « Ce n’est pas une course ici !! », alors que nous roulions à 15 km/h. C’est toujours la même rengaine, quand on mélange des cyclistes et des piétons sur des chemins trop étroits, cela ne peut jamais marcher, et ce seront toujours les cyclistes, les mauvais.

Nous quittons Liège en suivant l’Ourthe et ses méandres. Nous la suivons au plus près en prenant le ravel qui suit le cours d’eau. 

En suivant toujours l’Ourthe, nous arrivons à Esneux et sa brocante. Sa brocante fait toute la ville, ce qui fait que cela ne rate jamais, nous nous retrouvons dedans, avec des commentaires du type : « Ils ne savent pas aller à pied !!! ». Heureusement, ce n’est pas long.

Maintenant, nous changeons de rivière et nous suivons l’Amblève jusque Remouchamps et le 2ème contrôle au km 153.

Patrice est quand même resté avec nous jusqu’au km 160. Il devait ensuite faire pipi et il a disparu à tout jamais, enfin pour le samedi.

En effet, la partie +- plate est terminée. Maintenant cela va grimper et nous partons en direction du Luxembourg. Cela va monter jusque 550 m. C’est dur, mais je m’accroche au groupe, qui perd à chaque montée quelques éléments. Les vélos couchés, surtout celui caréné, ne sont pas à leur fête dans les montées.

Yves en profite pour s’échapper, les montées ne sont pas faites assez vite pour lui.

Nous passons par Gouvy, et nous arrivons au 3ème contrôle à Schmett au Luxembourg. Il y a le choix entre une station-service ou une friterie. Il est 15h10, et nous avons déjà fait 221 km avec un dénivelé qui commence à s’accumuler. Et ça va continuer, le Luxembourg n’est pas particulièrement plat. Direction Vianden, son château et son télésiège.

Maintenant nous allons aller en Allemagne, et nous arrivons à Bollendorf, au km 300, il est 18h30, et il est surtout temps de manger. Manger une petite pizza surgelée, pas terrible, ce n’était pas le bon café-resto à prendre. Ventre affamé ne faisant pas le difficile, on la mange. C’est ici que nous allons quitter Yves qui va continuer son 600 en roulant toute la nuit. Yves est excité comme une puce à la vue d’un gros chien tout poilu. Il n’arrête pas de faire des allers et retours vers le café, vers son vélo, vers la terrasse du café, avec ses bidons, son GPS, son pot de riz, ses verres d’eaux et de cocas, et des j’en passe à n’en plus finir. Moi, j’essaye de rester calme pour me reposer, lui il s’agite, chacun sa méthode.

La micro pizza avalée, nous repartons à trois, pour aller rejoindre l’hôtel-dortoir où il n’y a que deux douches et deux WC pour les 30 cyclos. On va rigoler, c’est mieux d’arriver au compte-goutte.

Mais c’est encore une partie difficile à faire, avec des montées à 10% (Patrice plus tard, dira, quelles montées, pas vu ??). Au fou…

Il est 20h50, 327 km ont été fait avec 2300 m de dénivelé. La douche, la bière, la tarte et le Cava de Jan vont nous remonter. Le temps d’aller au lit, chauffer en dessous de la grosse couette dans une chambre de six, les boules-quiez sont les bienvenues. Mais ce sera une vraie nuit, de 22h30 à 05h du matin, on a le temps de dormir. Qui a dit que ce n’était pas possible de dormir sur un 600 ? Et de Patrice pas de nouvelles… Enfin si, Bernard, l’a laissé avec d’autres à Bollendorf où il mangeait un schnitzel géant, il a eu de la chance…

Arrivé vers 23h30, il sera mis en haut de l’escalier du dortoir, et sera le 1er en bas en train de manger ses tartines jambons-fromage-miel accompagnées d’un pot de riz.

La salle à manger est un peu un foutoir avec les vélos qui partagent l’espace du petit déjeuner avec les sacs.

 

 

Après avoir pris un bon petit-déjeuner, nous redémarrons à six heures. Ça remonte directement. Nous partons vers le nord, rouler un bon bout en Allemagne. Nous allons longer la Kyll et son chemin de fer. Le groupe est divisé en deux. Les passages à niveaux sont silencieux, en Allemagne. Ce qui fait que lorsqu’il devient rouge, on n’entend aucun signal sonore. Nous sommes passés à cinq, dont Rohnny et Francis.

Le chemin pour cyclistes (= ravel belge) qui suit le chemin de fer n’est pas toujours facile à suivre. Il faut parfois chercher pour trouver la route suivante. Parfois il faut même jouer à l’acrobate en passant sur de petits ponts avec des angles à 90°. Mais finalement, nous arrivons à Stadkyll, au km 396, il est 8h55. Nous allons redéjeuner dans une pâtisserie allemande avec tous ces grands gâteaux et ses portions pour géants. Jan nous attend et fait une distribution de bananes et de gaufres. En plus je mange un Apfelstrudel, beaucoup trop sucré comparé aux pâtisseries belges. Il va falloir digérer tout ça, le temps de m’apercevoir que je n’ai pas mis de crème solaire.

Patrice arrive vers 09h30, juste à temps pour me passer sa crème solaire. Merci Patrice. C’est légèrement tartiné que je reparts avec le groupe.

Nous allons faire une incursion en Belgique en passant par Elsenborn. Nous sommes remontés à 650 m d’altitude, mais maintenant cela descend. Lentement. Donc on va rouler, et vite…

Nous allons reprendre un chemin pour vélo. 25 km à fond la caisse. Le groupe explose un petit peu. Il y a du monde sur ce chemin. Il y a même des draisiennes. Et nous repassons en Allemagne où nous faisons le 6ème contrôle à Roetgen dans une station-service. Il est 11h50, nous avons fait 459 km. Nous apprenons qu’en Allemagne, les bouteilles en plastiques ont un surcoût de 25 centimes sur le prix de vente normal. Ce qui fait qu’on prend la bouteille, on paye 1,50€+0,25€, on est surpris de voir le prix qui monte tout d’un coup, on boit le contenu et on récupère les 0,25€, et on est content.

Les 50 km suivants vont être assez pénibles. Ça monte, ça descend, ça monte, ça descend,… J’ai l’impression que cela ne va jamais finir.

Nous finissons par arriver au Canal Albert, et nous allons retrouver le chemin du samedi matin. Il commence à faire chaud et je commence tout doucement à cuir. Sous le soleil, on dépasse allègrement les 30°c. Ainsi que les nombreux cyclistes qui flânent le long du canal.

Nous sommes de retour au café du premier contrôle, pour en faire le 7ème. 525 km, il est 14h50. Ravito en eau, cela devient urgent…

Et on continue pour la finale. Je commence à décompter les kilomètres un par un. Trop chaud, fatigué et comme on ne roule plus trop vite, j’ai le temps de sentir partout où j’ai mal : Cou, derrière, cuisses, pieds qui chauffent…

Marcel propose de faire un arrête crèmes glacées. Nous arrivons à l’Abbaye d’Averbode, endroit visiblement très connu, où plusieurs glaciers sont en files avec pour chacun des files d’amateurs qui font une razzia sur la crème. Un peu gourmand je prends trois boules, mais avec la chaleur, ça fond vite, et les guêpes aiment bien le sucré. Il faut juste faire attention de ne pas avaler une guêpe avec sa crème. Mais elles sont gentilles, elles ne discutent pas trop quand on les chasse de sa crème qui coule par terre. Le groupe doit m’attendre, j’ai fini le dernier ma glace, avec de plus en plus de guêpes qui voulaient la finir. Finalement avec tout ce que j’ai avalé aujourd’hui, mon estomac commence tout doucement à donner des signes de faiblesse.

Enfin, on y est : 600 km, 18h40. Il a fallu 36h40 dont 14h de pause pour faire ce BRM. Pas loin des 27 km/h de moyenne avec un dénivelé de +-4200 m. Pas mal, mais à cette vitesse PBP sera difficile. Il va falloir rouler moins vite…

C’était un très beau BRM, surtout sous le soleil. Les régions traversées sont très belles, surtout la partie allemande, qui m’était totalement inconnue. Jan est un champion quand il faut organiser un BRM avec transport des bagages et chouchouter les cyclos à la mi-route.

Et maintenant nous sommes murs pour faire ce PBP.

Patrice n’est pas arrivé trop longtemps après nous, à peine 1h20. Il roule mieux le 2ème jour, peut-être parce qu’il commence à fameusement s’alléger de tous ses litres d’eaux.

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19:35 Publié dans aout-2015 | Lien permanent | Commentaires (0)

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